Les croyances limitantes : ces pensées que nous finissons par prendre pour des vérités
« Je ne suis pas capable. » « Je n’ai jamais eu confiance en moi. » « Je ne mérite probablement pas mieux. » « Je suis trop vieux pour recommencer. » « Je vais forcément échouer. » « Les autres sont meilleurs que moi. » « Je ne peux pas changer, je suis comme ça. »
Certaines phrases traversent notre esprit si souvent que nous finissons par ne plus les questionner.
Elles ne ressemblent même plus à des pensées.
Elles deviennent des évidences.
Pourtant, ce que nous pensons de nous-mêmes n’est pas toujours le reflet exact de ce que nous sommes. Notre perception se construit à partir de notre histoire, de nos expériences, de notre environnement et des conclusions que nous avons progressivement tirées de ce qui nous est arrivé.
Certaines de ces conclusions peuvent nous aider à avancer.
D’autres peuvent progressivement devenir des croyances limitantes.
Mais qu’est-ce qu’une croyance limitante exactement ? Pourquoi certaines pensées deviennent-elles si profondément ancrées ? Et surtout, pouvons-nous apprendre à les remettre en question ?
Bienvenue dans une nouvelle exploration du Journal d’Onéotéa, au cœur de nos pensées, de nos croyances et de la manière dont elles peuvent influencer notre existence.
Qu’est-ce qu’une croyance limitante ?
L’expression « croyance limitante » est très utilisée dans le développement personnel.
En psychologie, on parlera davantage selon les approches de croyances fondamentales, schémas cognitifs, pensées automatiques ou représentations de soi.
Une croyance est une idée que nous considérons comme vraie.
Elle peut concerner le monde :
« On ne peut faire confiance à personne. »
Les autres :
« Les gens finissent toujours par partir. »
Ou nous-mêmes :
« Je ne suis pas à la hauteur. »
Une croyance devient particulièrement limitante lorsqu’elle influence durablement nos choix et nous empêche d’envisager certaines possibilités.
Par exemple :
Croyance : « Je ne suis pas suffisamment compétent. »
Conséquence : je ne candidate pas à une opportunité.
Je n’obtiens donc jamais l’expérience qui aurait pu me montrer que j’étais capable.
La croyance semble alors confirmée.
Un cercle peut progressivement se créer.
Comment construisons-nous nos croyances sur nous-mêmes ?
Nous ne naissons pas avec une représentation entièrement construite de notre valeur, de nos capacités ou de notre place dans le monde.
Nous l’élaborons progressivement. Nos expériences jouent un rôle. Les réactions de notre entourage aussi. Les réussites. Les échecs. Les comparaisons. Les critiques. Les encouragements. Les relations.
Mais deux personnes peuvent vivre une expérience similaire et en tirer des conclusions différentes.
Imaginons qu’un enfant obtienne une mauvaise note.
Il pourrait penser :
« Je n’avais pas suffisamment travaillé. »
Mais il pourrait également conclure :
« Je suis mauvais à l’école. »
Le premier jugement concerne une situation.
Le second concerne son identité.
Et lorsqu’une conclusion identitaire est répétée suffisamment longtemps, elle peut devenir une croyance profonde :
« Je ne suis pas intelligent. »
Quand les paroles des autres deviennent notre voix intérieure
Certaines phrases entendues durant notre vie peuvent laisser une empreinte.
« Tu es trop sensible.»
« Tu n’y arriveras jamais. »
« Tu es maladroit. »
« Arrête de rêver. »
« Tu n’es pas fait pour ça. »
« Tu exagères toujours. »
Une phrase isolée ne détermine évidemment pas une personnalité.
Mais lorsqu’un message est répété ou associé à des expériences émotionnellement importantes, il peut participer à la construction de notre représentation de nous-mêmes.
Des années plus tard, personne n’a besoin de répéter la phrase.
Nous pouvons le faire nous-mêmes.
La voix extérieure est devenue intérieure.
Et parfois, nous oublions même d’où elle vient.
Pensée ou vérité ?
C’est probablement la distinction la plus importante de cet article.
Une pensée peut être convaincante.
Elle peut être répétitive.
Elle peut provoquer une émotion très forte.
Et pourtant…
une pensée n’est pas nécessairement un fait.
Prenons : Je vais échouer.
Ce n’est pas une information.
C’est une prédiction.
Ou : « Personne ne m’apprécie. »
Le mot « personne » transforme quelques expériences particulières en généralisation.
Ou encore : « Je ne suis pas assez bien. »
Assez bien selon quel critère ?
Pour qui ?
Dans quelle situation ?
Lorsque nous commençons à interroger le langage de nos pensées, certaines certitudes deviennent beaucoup moins solides.
Le rôle des pensées automatiques
Certaines pensées apparaissent extrêmement rapidement.
Une personne ne répond pas : « Elle m’en veut. »
Une erreur au travail : « Je suis nul. »
Quelqu’un réussit : « Je n’arriverai jamais à son niveau. »
Une opportunité : « Ce n’est pas pour quelqu’un comme moi. »
Nous ne décidons pas toujours consciemment de produire ces pensées.
Elles apparaissent.
La difficulté commence lorsque nous les acceptons immédiatement comme une description fidèle de la réalité.
L’objectif n’est donc pas nécessairement d’empêcher toute pensée négative.
Il peut être d’apprendre à ajouter une étape : « Je viens d’avoir cette pensée. Est-elle nécessairement exacte ? »
Le biais de confirmation : quand notre cerveau cherche à nous donner raison
Une fois qu’une croyance est installée, nous pouvons accorder davantage d’attention aux informations qui semblent la confirmer.
C’est notamment ce que l’on appelle le biais de confirmation.
Si je suis convaincu que : « Je ne suis jamais à la hauteur »,
je risque de remarquer particulièrement mes erreurs.
Un compliment pourra être minimisé : « Il dit ça pour être gentil. »
Une réussite : « J’ai eu de la chance. »
Une critique, en revanche : « Je le savais. »
La croyance possède alors un mécanisme particulièrement efficace pour survivre :
tout ce qui la contredit est minimisé et tout ce qui la confirme devient une preuve.
Les croyances peuvent influencer nos comportements
Nos pensées n’existent pas indépendamment de nos actions.
Elles peuvent modifier ce que nous osons entreprendre.
Prenons une personne convaincue : « Je ne suis pas intéressant. »
Dans une soirée, elle peut parler moins.
Éviter d’aller vers les autres.
Répondre brièvement.
Ne pas raconter ses expériences.
Les autres interagissent donc moins avec elle.
Elle rentre chez elle en pensant : « Tu vois, personne ne s’intéresse à moi. »
La croyance initiale a contribué à produire une situation qui semble ensuite la confirmer.
Ce mécanisme peut être particulièrement puissant.
Les croyances limitantes dans les relations
Certaines croyances apparaissent particulièrement dans les relations affectives :
« Je finirai toujours par être abandonné. » « Je dois mériter l’amour. » « Si je pose des limites, on va partir. » « Je dois être indispensable pour être aimé. »
Nous retrouvons ici nos articles consacrés à la peur du rejet et à la peur de décevoir.
Une croyance peut nous pousser à nous suradapter.
À rechercher continuellement de la réassurance.
À accepter des comportements qui ne nous conviennent pas.
Ou, au contraire, à éviter l’intimité par peur de souffrir.
Comprendre la croyance permet alors de regarder le comportement autrement.
« Je suis comme ça » : une phrase qui peut nous enfermer
Nous utilisons parfois notre identité comme une conclusion définitive.
« Je suis timide. » « Je suis anxieux. » « Je n’ai aucune volonté. » « Je suis mauvais pour parler aux gens. »
Ces phrases peuvent décrire une difficulté réelle.
Mais elles peuvent également figer quelque chose qui pourrait évoluer.
Comparez : « Je suis incapable de parler en public. »
avec : « Je suis actuellement très mal à l’aise lorsque je parle en public. »
La deuxième formulation reconnaît la difficulté.
Mais elle laisse une porte ouverte.
Le mot actuellement change presque tout.
Les affirmations positives suffisent-elles ?
Une approche populaire consiste à remplacer « Je suis nul » par « Je suis extraordinaire. »
Cela peut être agréable, mais si la nouvelle affirmation est trop éloignée de ce que nous croyons réellement, notre esprit risque simplement de la rejeter.
Une alternative peut être de rechercher une pensée plus équilibrée et crédible.
Au lieu de : « Je vais forcément échouer. »
essayer : « Je ne sais pas encore comment cela va se passer, mais je peux me préparer. »
Au lieu de : « Je ne suis pas capable. » essayer : « Je ne maîtrise pas encore cette compétence. »
Au lieu de : « Personne ne m’aime. » essayer : « Je me sens rejeté actuellement, mais ce sentiment ne représente pas l’ensemble de mes relations. »
Il ne s’agit pas de penser positivement à tout prix.
Il s’agit de penser plus précisément.
Comment identifier ses propres croyances limitantes ?
Observez les phrases qui commencent par :
« Je suis… »
« Je ne peux pas… »
« Je dois toujours… »
« Je ne serai jamais… »
« Les autres sont toujours… »
« Si je fais cela, alors forcément… »
Les mots toujours, jamais, personne, tout le monde, forcément méritent particulièrement notre attention.
Ils transforment souvent une expérience particulière en règle générale.
Un exercice : remonter de la pensée à la croyance
Prenez une situation récente qui vous a provoqué une émotion forte.
Par exemple : « Je n’ai pas été retenu pour ce projet. »
Demandez-vous : Qu’est-ce que je me suis immédiatement dit ?
« Je ne suis pas assez compétent. »
Puis :
Si cette pensée était vraie, qu’est-ce que cela signifierait sur moi ?
« Que je suis moins capable que les autres. »
Puis encore :
Et si cela était vrai, qu’est-ce qui me ferait le plus peur ?
« De ne jamais réussir. »
Vous commencez alors à découvrir la croyance située derrière l’événement.
L’événement n’était peut-être pas seulement : « Je n’ai pas obtenu ce projet. »
Il a activé : « J’ai peur de ne pas être à la hauteur. »
Cette compréhension permet d’aller beaucoup plus loin.
Chercher les preuves… mais aussi les contre-preuves
Choisissez une croyance.
Par exemple :
« Je ne termine jamais ce que je commence. »
Faites deux colonnes.
Dans la première :
Ce qui semble confirmer cette croyance.
Dans la seconde :
Ce qui la contredit.
Notre esprit produit généralement très facilement la première colonne.
La deuxième demande davantage d’effort.
Cherchez pourtant réellement.
Les projets terminés.
Les engagements tenus.
Les périodes où vous avez persévéré.
Même les petites choses.
L’objectif n’est pas de prouver artificiellement que la croyance est fausse.
Il s’agit de vérifier si elle est aussi absolue que votre esprit le prétend.
Changer une croyance par l’expérience
Certaines croyances ne changent pas uniquement parce que nous réfléchissons différemment.
Nous avons parfois besoin de vivre quelque chose de différent.
Si je crois : « Je ne peux pas dire non sans perdre les autres », une expérience importante peut être de poser progressivement une petite limite.
Puis observer.
La personne est-elle réellement partie ?
Peut-être que non.
Notre cerveau reçoit alors une nouvelle information : « J’ai posé une limite et la relation existe toujours. »
Les nouvelles expériences peuvent progressivement remettre en question les anciennes prédictions.
Rituel Onéotéa : les phrases que je ne veux plus laisser me définir
Installez-vous dans un espace calme.
Allumez une bougie parfumée et prenez votre carnet.
Une création autour de la Confiance & estime de soi, de la Libération émotionnelle, de la Résilience ou de l’Ancrage peut accompagner symboliquement cet instant.
Écrivez :
« Quelles phrases sur moi-même est-ce que je répète depuis des années ? »
Puis choisissez-en une.
Demandez-vous :
D’où vient-elle ?
Quand ai-je commencé à la croire ?
Est-elle vraie dans toutes les situations ?
Quelles expériences la contredisent ?
Que ferais-je différemment si je ne croyais plus cette pensée à 100 % ?
Enfin, transformez-la en une phrase plus nuancée.
Pas nécessairement plus positive.
Plus juste.
Nous ne sommes pas toutes les pensées que nous avons sur nous-mêmes
Certaines croyances nous accompagnent depuis si longtemps qu’elles semblent appartenir à notre identité.
Pourtant, notre représentation de nous-mêmes peut évoluer.
Nous pouvons apprendre.
Changer.
Développer de nouvelles compétences.
Construire de nouvelles relations.
Vivre des expériences différentes.
Notre histoire influence la personne que nous sommes.
Elle ne détermine pas nécessairement tout ce que nous pouvons devenir.
Lorsque certaines croyances provoquent une souffrance importante ou sont liées à des expériences traumatiques, les explorer avec un psychologue ou un professionnel qualifié peut être particulièrement utile.
✨ L’intention d’Onéotéa
Allumez une flamme.
Prenez votre carnet.
Écrivez une phrase que vous avez longtemps considérée comme une vérité sur vous-même.
Puis, juste en dessous, ajoutez trois mots :
« Et si pourtant… »
Laissez la phrase ouverte.
Et observez ce qui vient.
Parce que certaines prisons n’ont pas de murs.
Elles sont faites de phrases répétées tellement souvent que nous avons oublié de demander si elles étaient encore vraies.
Nous ne choisissons pas toutes les croyances que notre histoire nous a transmises. Mais nous pouvons progressivement choisir celles auxquelles nous voulons continuer à donner du pouvoir.
Une flamme. Une intention. Et une ancienne certitude qui commence à devenir une question.